Un petit livre délicieux et grave, le remplaçant, Agnès Desarthe, citations et idées de Korczak

Un petit livre en apparence léger sur son grand-père et, en filigrane,  le livre qu’elle dit avoir voulu écrire sans y arriver alors qu’elle y est parvenu sans l’ombre d »un doute : le portrait de Janusz Korczak, directeur de l’orphelinat du ghetto de Varsovie,  en quelques traits à peine esquissés et beaucoup de plages vides qui laissent deviner.

Un livre qui ne parle que de l’essentiel : la survie, le sens de la vie, la dignité d’homme  en se donnant l’air de ne raconter presque que des anecdotes amusantes et légères. Un livre qui rappelle que le pire a eu lieu et que des hommes sont parvenu à l’éclairer.

Un livre à lire absolument.

Et qui rappelle un autre livre extraordinaire  : le dernier des justes d’André Schwarz-Bart.

C’était cela la vraie douleur : être une mère sans enfants, un écrivain sans livres, un chanteur sans voix, un conteur sans histoires.

Triple B parlait français. Un français avec accent. « R » rocailleux, « a » toujours chapeautés d’un circonflexe. Un français qui avait inventé l’hyperlatif.

Ces fameuses apparences permettent aux orphelins, comme au personnel chargé de s’occuper d’eux, de croire qu’ils ne sont pas condamnés à mourir ; en effet, s’ils l’étaient, pourquoi s’embêterait-on ainsi ?
Il ne s’agit ni d’un mensonge ni d’une duperie. Il n’y a rien de superficiel dans ses apparences. Nous aimons tous penser que nous ne mourrons jamais. Même en temps de paix, nous tentons par mille réconforts, d’oublier l’issue fatale. Chaque jour, nous rééditons l’exploit d’une imbécilité heureuse qui consiste à nous croire éternels. La pensée de notre fin est comme nimbée d’une brume, elle se soustrait à nos yeux, glisse, nous échappe ; et nous gagnons de l’argent, et nous faisons le ménage, et nous cultivons le corps et l’esprit, comme si le progrès constant pouvait nous sauver de la destruction.

Quand il n’y a plus ni à boire ni à manger, quand on ne dort plus, que le jour se fond dans la nuit, il reste encore les histoires, les cérémonies, les spectacles, toutes choses que beaucoup ont tendance à considérer comme futiles et qui signent pourtant l’appartenance à l’humanité aussi clairement que les dix doigts de pied du bébé de papier.

Cela ne sert à rien, on meurt quand même. L’art ne sert à rien, car on meurt toujours. Mais l’image reste. L’image d’un convoi d’enfants qui chantent en allant vers la mort et disent « en nous exterminant, c’est vous-mêmes que vous tuez ».

Le 22 décembre (on ne se lève pas), le 22 juin (on ne se couche pas), la journée de la première neige,  la journée de la saleté (on ne se lave pas), la journée des cuisines, …

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