Journée internationale de la femme

Je n’étais pas au courant, mais ce matin en ouvrant mes mails, un message de Laurence Parisot, même si j’ai de chef d’entreprise surtout le nom, ce n’est pas désagréable.

Et puis, je suis contente de voir les femmes de ma génération, les premières à vraiment bénéficier des acquits du féminisme et celles de la génération du dessus qui ont du se battre pied à pied, dans une lutte d’une âpreté dont nous avons fort heureusement oublié la violence, je suis contente de voir ces femmes reprendre le flambeau en ce moment pour prévenir la régression dont, comme elles, je perçois les signaux.

Je ne suis pas une ultra du féminisme. Je crois qu’il y a des tropismes féminins et masculins aussi bien dans la sphère domestique et dans la façon d’aller chasser le bison (que ce soit à l’école, au travail, en politique, dans les associations,…) et qu’il ne faut pas vouloir les nier. Mais je crois viscéralement que les femmes doivent avoir les mêmes droits que les hommes et que ces droits ne doivent pas être nominaux. Ce qui signifie des dispositifs législatifs, réglementaires et sociaux (gardes d’enfants, formation continue, …) adéquats.

En France en la matière nous sommes privilégiées par rapport au reste du monde. Certes ! Mais il nous reste bien du chemin à parcourir avant que la voix des femmes s’entendent aussi bien que celles des hommes en politique, dans les entreprises et même dans les maisons.

Le tableau qui illustre cet article a été peint en 1989 !

Quand la réalité dépasse la fiction, une scène de mon polar et un article du Monde

Dans le polar que je viens de publier, Si la musique est la nourriture de l’amour, il y a une scène de concert. Rien d’étonnant pour une enquête sur un orchestre symphonique. Il y a aussi cette phrase à propos des spectateurs : « Parmi ceux qui péroraient avec assurance et emphase, bien peu semblaient réellement goûter le musique »

Je ne pensais pas que Le Monde illustrerait mon propos, mais si, c’est fait 

La nuit blanche et le bête de truc

Vendredi soir, nous sommes arrivés un peu tard à la campagne. Pierre avait emmené un ami. C’était le premier soir des vacances de Pâques. Les enfants étaient excités et nous fatigués. Nous sommes allés nous coucher avant eux.

Le lendemain, je me suis levée à 8 heures et j’ai trouvé François endormi dans un fauteuil sous la véranda. Il a changé plusieurs fois de position tout en continuant de dormir. J’ai essayé de comprendre ce qu’il faisait là. Autant parler à une bûche.

Lorsque son père s’est levé. Il m’a dit « c’est curieux, je suis passé à 7 heures et il n’était pas là ».

L’enfant a fini par ouvrir un oeil et nous l’avons renvoyé se coucher.

J’ai fini par aller le réveiller à l’heure du goûter et j’ai obtenu l’explication. Un défi : faire une nuit blanche. Un seul vainqueur, le plus jeune qui est tombé endormi dans le fauteuilt sur le chemin entre la salle de jeux des enfants et sa chambrel. Et il a précisé avec sérieux :

– Et ils ont eu tort parce que moi, ce matin, j’ai vu un bête de truc !

– T’as vu quoi ?

– Tous les oiseaux se sont mis à chanter. Et puis le ciel qui était noir est devenu clair mais pas d’un seul coup.

Un petit prince qui fait de jolis rêves après avoir admiré sa première aurore

Définition de l’ami, Montaigne ou Facebook ?

Tout le monde a en tête la superbe réponse de Montaigne à qui l’on demandait d’expliquer son amitié avec la Boétie : « Parce que c’était lui, parce que c’était moi ».

Et il fait cette réponse après avoir insisté sur la distinction que l’on doit faire entre la relation et  l’amitié , ce lien si intime qu’il décrit ainsi :
« En l’amitié de quoi je parle, elles se mêlent et se confondent l’une en l’autre, d’un mélange si universel qu’elles effacent et ne retrouvent plus la couture qui les a jointes.  »
et les relations quelconques avec lesquelles il ne faut surtout pas la confondre :
« ce que nous appelons ordinairement amis et amitiés, ce ne sont qu’accointances et familiarités nouées par quelque occasion ou commodité«

Facebook s’est évertué depuis quelques années à galvauder encore plus ce terme si précieux d’ami. Et la dernière facebookerie en date n’a fait que déprécier le terme encore un peu plus. Il n’est désormais plus possible de refuser une demande d’ajout d’un « ami ».  On ne peut que mettre le demandeur en suspens.

Soit nous acceptons que le mot ami ne veuille plus rien dire, soit nous nous révoltons. Je propose de rebaptiser les amis facebook et de les appeler des fbamis.

Pas facile à prononcer, mais quoi de plus normal pour cet être hybride, protéiforme et parfois ectoplasmique. Et puis ça sonne un peu comme spam et ça le vaut bien !

Un petit livre délicieux et grave, le remplaçant, Agnès Desarthe, citations et idées de Korczak

Un petit livre en apparence léger sur son grand-père et, en filigrane,  le livre qu’elle dit avoir voulu écrire sans y arriver alors qu’elle y est parvenu sans l’ombre d »un doute : le portrait de Janusz Korczak, directeur de l’orphelinat du ghetto de Varsovie,  en quelques traits à peine esquissés et beaucoup de plages vides qui laissent deviner.

Un livre qui ne parle que de l’essentiel : la survie, le sens de la vie, la dignité d’homme  en se donnant l’air de ne raconter presque que des anecdotes amusantes et légères. Un livre qui rappelle que le pire a eu lieu et que des hommes sont parvenu à l’éclairer.

Un livre à lire absolument.

Et qui rappelle un autre livre extraordinaire  : le dernier des justes d’André Schwarz-Bart.

C’était cela la vraie douleur : être une mère sans enfants, un écrivain sans livres, un chanteur sans voix, un conteur sans histoires.

Triple B parlait français. Un français avec accent. « R » rocailleux, « a » toujours chapeautés d’un circonflexe. Un français qui avait inventé l’hyperlatif.

Ces fameuses apparences permettent aux orphelins, comme au personnel chargé de s’occuper d’eux, de croire qu’ils ne sont pas condamnés à mourir ; en effet, s’ils l’étaient, pourquoi s’embêterait-on ainsi ?
Il ne s’agit ni d’un mensonge ni d’une duperie. Il n’y a rien de superficiel dans ses apparences. Nous aimons tous penser que nous ne mourrons jamais. Même en temps de paix, nous tentons par mille réconforts, d’oublier l’issue fatale. Chaque jour, nous rééditons l’exploit d’une imbécilité heureuse qui consiste à nous croire éternels. La pensée de notre fin est comme nimbée d’une brume, elle se soustrait à nos yeux, glisse, nous échappe ; et nous gagnons de l’argent, et nous faisons le ménage, et nous cultivons le corps et l’esprit, comme si le progrès constant pouvait nous sauver de la destruction.

Quand il n’y a plus ni à boire ni à manger, quand on ne dort plus, que le jour se fond dans la nuit, il reste encore les histoires, les cérémonies, les spectacles, toutes choses que beaucoup ont tendance à considérer comme futiles et qui signent pourtant l’appartenance à l’humanité aussi clairement que les dix doigts de pied du bébé de papier.

Cela ne sert à rien, on meurt quand même. L’art ne sert à rien, car on meurt toujours. Mais l’image reste. L’image d’un convoi d’enfants qui chantent en allant vers la mort et disent « en nous exterminant, c’est vous-mêmes que vous tuez ».

Le 22 décembre (on ne se lève pas), le 22 juin (on ne se couche pas), la journée de la première neige,  la journée de la saleté (on ne se lave pas), la journée des cuisines, …

Marie, anagramme d’aimer

Mon roman préféré de l’automne : La Vérité sur Marie de Jean-Philippe Toussaint . Un livre d’amour lorsqu’il est chair, sang, passion, danger. L’amour intranquille.

Dans une langue directe, crue parfois, d’un lyrisme acéré, clinique et incandescent, le narrateur nous avoue que Marie est le nom absolu de la femme, le nom de la femme absolue, le nom de la femme que l’on aime pour toujours.

Je ne suis pas seule à avoir apprécié, il a obtenu pour ce livre le prix Décembre. Et, pour le plaisir une superbe description :

« J’apercevais au loin les profils enténébrés du grand à-pic rocheux qui longeait la côte, avec ses versants torturés, qui tombaient dans le mer comme les pans pétrifiés d’une robe de collection de Marie, avec ses drapés tourmentés, ses plissés, ses feuilletés, ses arêtes verticales et ses bouillonnés rocheux façonnés par le vent et écorchés par la tempête. J’entendais la mer gronder en contrebas, noire, immense, houleuse, qui bouillonnait sur place dans des fureurs d’écume, et je fonçais droit devant moi le long des côtes déchiquetées, en emportant dans mon sillage ce cortège de robes fantomatiques en roches volcaniques, des robes couleur lave ou magma, qui mariaient les ténèbres du basalte aux roches métamorphiques, mêlaient des granites et des porphyres, des ophiolites, des cipolins et des calcaires, des paillettes de mica et des veines d’obsidienne. »

Non, il n’y a pas plein de descriptions dans le livre. Mais celle-ci me fait craquer.

Dur, dur de ressembler à un héros !

Le schmurck numéro 1 a vécu un moment difficile en cours de sport cet après-midi. Ses camarades de classe se sont moqués de lui. Non qu’il se débrouille mal, il est et de loin un des meilleurs dès lors qu’il s’agit de remuer !

Ils ont brocardé son physique. Certes il n’est pas très grand, mais comme pas mal de garçons de son âge. A douze ans, tous n’ont pas commencé leur poussée de croissance. Il n’est pas gros, ni maigre, ni contrefait, ni couvert de pustules. Ce n’est pas Shrek…

Mais, il a la peau très blanche, les cheveux sombres et les lèvres écarlates. Et il s’est fait traiter de vampire.

Je l’ai consolé en lui expliquant que ces camarades avaient exprimé leur jalousie. Le vampire ça le fait un max en ce moment auprès des filles.

Mais il a chougné sous les quolibets et ça, m’a-t-il répliqué, ça le fait pas.

Il est pourtant bien joli mon vampire !

Quand le miteux devient poétique

Dans le métro, un musicien à l’accent venu des balkans se lance. Je suis en train de lire un très bon livre d’Edmund White et je me bouche les oreilles.

– Pour…
Et dzim, dzim, dzim

– Pour les enfants.
Et là, une étrange version de la danse des canards

– Pour les adultes, de la musique tzigane
Et dzim, dzim, dzim, la musique toujours aussi expédiée accompagne un chant superbe.

– Et maintenant Mauttttzzzaaaarrrte
J’ai alors partagé avec la jolie jeune fille assise à côté de moi un éclat de rire étouffé.
Et dzim, dzim, dzim, la petite musique de nuit version tgv.

Et puis je ne sais plus quoi. Et il s’est promené pour récolter des pièces et a expliqué à des petites mémés qui se la pétaient que non, ce n’est pas Chostakovitch qui avait écrit de la musique que lui avait piquée les tziganes, mais l’inverse.

J’ai mis des sous dans son petit gobelet et il m’a souhaité une éternité de bonheur et de belles choses. 

Je ne sais pas si j’aurais tout ça, mais, pas de doute, il m’a offert un des plus jolis moments de ma journée. Et abandonner quelques instants la lecture d’un livre appellé « the flaneur » pour cueuillir quelques instants plaisants, quoi de plus normal !