Des rêves et des jardins

Au hameau des ossements, nous avions laissé à l’abandon la plus grande partie du jardin.  Et puis, après avoir redécouvert l’est et le soleil levant, nous avons eu envie d’aller voir au sud.

Nous voici nantis d’une petite terrasse en plein soleil à l’entrée d’un jardin en L,  la tête en bas. En L et en bien triste état.  Après dix ans de négligences, il s’est vengé : une haie de thuyas morts ou moribonds qu’il a fallu arracher, une pelouse mitée et envahie de mauvaises herbes, une haie vive dont tous les arbustes sont affaiblis par l’absence de taille et les envahisseurs, une pelouse mitée par endroit et envahie de mauvaises herbes à d’autres. La terrasse ayant pris la place de mon potager, j’ai aussi du aller planter mes salades ailleurs.

J’avais dessiné un plan structuré, prévu un aménagement  chic avec des petites bordures d’osier comme dans les magazines, j’avais en tête un rêve de jardin, pensé, élaboré, un jardin qui aurait raconté une histoire sophistiquée et construite.

Comme d’habitude dans ma vie de jardinière, tout m’a échappé. Pourtant, c’est bien moi qui bêche, sème, charrie des cailloux et de la terre, plante, arrache les mauvaises herbes…

Mais mon jardin est habité par des esprits malicieux et je ne suis pas la narratrice d’un récit. Mon jardin parle tout seul, des petites histoires décousues et peu cohérentes. Il raconte des souvenirs, ceux du hameau, ceux des jardins pas très chics de nos grand-parents. Il raconte aussi la terre de la région qui chérit plus les céréales, les roses et les tomates que les salades.

Mon jardin n’est pas un jardin de rêve, mais un jardin fait de rêves, cette matière décousue, fugitive et floue.

Et d’ailleurs, en nettoyant ce jardin, j’ai trouvé un petit coin magique qui attendait d’être découvert, un arbre qui forme une cabane naturelle et dans laquelle un petit garçon s’est aussitôt installé pour rêver.

Cabane dans l’arbre