Vieillir pour de vrai, c’est pas facile, facile

A lire les magazines féminins et les interviews de people, surtout les peoples de sexe féminin, tu as l’impression que passer le cap de la cinquantaine, soixantaine, c’est rien du tout…
– Je ne me suis jamais sentie aussi bien…
– Je profite enfin de la vie
– Aujourd’hui, on reste séduisante bien plus longtemps.
– Non, je ne fais rien : juste des bons produits de beauté, une alimentation saine, un verre de rouge de temps en temps et un grand verre d’eau au petit déjeuner et de la barre au sol deux fois par semaine.

Et mon cul, c’est du poulet !  Traduire gym intensive, régime permanent, lifting et abonnement chez le chirurgien esthétique.

Quant à profiter à fond de la vie. Euh ! A moins d’être bionique, même en très bonne santé, la machine manque d’huile et présente des signes d’usure. Et c’est chiant !

Et il y a aussi la camarde qui te fait signe et que tu vois chaque jour plus proche. Comme dirait Jacques Weber : « Tu sens qu’un jour ou l’autre la porte va se fermer. Et vite. Alors il y a une forme d’effroi qui ne te quitte jamais. »

Et à propos de temps :

Le temps nous égare
Le temps nous étreint
Le temps nous est gare
Le temps nous est train
Jacques Prévert

Et de mort : « Toute activité humaine sérieuse est un moyen de la tenir à distance »

Marie, anagramme d’aimer

Mon roman préféré de l’automne : La Vérité sur Marie de Jean-Philippe Toussaint . Un livre d’amour lorsqu’il est chair, sang, passion, danger. L’amour intranquille.

Dans une langue directe, crue parfois, d’un lyrisme acéré, clinique et incandescent, le narrateur nous avoue que Marie est le nom absolu de la femme, le nom de la femme absolue, le nom de la femme que l’on aime pour toujours.

Je ne suis pas seule à avoir apprécié, il a obtenu pour ce livre le prix Décembre. Et, pour le plaisir une superbe description :

« J’apercevais au loin les profils enténébrés du grand à-pic rocheux qui longeait la côte, avec ses versants torturés, qui tombaient dans le mer comme les pans pétrifiés d’une robe de collection de Marie, avec ses drapés tourmentés, ses plissés, ses feuilletés, ses arêtes verticales et ses bouillonnés rocheux façonnés par le vent et écorchés par la tempête. J’entendais la mer gronder en contrebas, noire, immense, houleuse, qui bouillonnait sur place dans des fureurs d’écume, et je fonçais droit devant moi le long des côtes déchiquetées, en emportant dans mon sillage ce cortège de robes fantomatiques en roches volcaniques, des robes couleur lave ou magma, qui mariaient les ténèbres du basalte aux roches métamorphiques, mêlaient des granites et des porphyres, des ophiolites, des cipolins et des calcaires, des paillettes de mica et des veines d’obsidienne. »

Non, il n’y a pas plein de descriptions dans le livre. Mais celle-ci me fait craquer.

Sos élastiques à votre service

Pierre, 12 ans, arbore au poignet un élastique en guise de bracelet. La jolie Lili, 24 ans, grande soeur, l’interroge sur cette nouvelle mode dont elle n’a pas eu vent. Il répond sur le ton de l’évidence :
– C’est pour les filles !
– Pour leur plaire.
– Non, pour les dépanner. Elles ont toujours besoin d’un élastique.
– T’as raison, c’est pas bête comme moyen de te faire bien voir d’elles.

Intervention du petit, presque 11 ans, autoproclamé expert en coiffure féminine
– Vaudrais mieux porter un chouchou. Les filles mettent des chouchous.

Reprise d’autorité de la jolie Lili, fashion addict comme toutes les filles de sa génération
– Ah, non, Karl Lagerfeld a dit que le chouchou c’était totalement ringard !

Rendons à Schopenhauer ce qui est à Schopenhauer et pas à Audiard

« Les cons ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît. »

Cette célèbre réplique d’Audiard n’est rien de plus qu’un résumé percutant d’une anecdote de la vie de Schopenhauer.

Il mangeait à son club. Un autre client l’aborde et lui pose une question à laquelle il répond de façon lapidaire :
– Je ne sais pas.
Le quidam commente :
– Et bien, je pensais qu’un grand sage comme vous avait réponse à tout.
Réplique de Schopenhauer :
– Non, le savoir est limité. Seule la bêtise est sans limites.

Dur, dur de ressembler à un héros !

Le schmurck numéro 1 a vécu un moment difficile en cours de sport cet après-midi. Ses camarades de classe se sont moqués de lui. Non qu’il se débrouille mal, il est et de loin un des meilleurs dès lors qu’il s’agit de remuer !

Ils ont brocardé son physique. Certes il n’est pas très grand, mais comme pas mal de garçons de son âge. A douze ans, tous n’ont pas commencé leur poussée de croissance. Il n’est pas gros, ni maigre, ni contrefait, ni couvert de pustules. Ce n’est pas Shrek…

Mais, il a la peau très blanche, les cheveux sombres et les lèvres écarlates. Et il s’est fait traiter de vampire.

Je l’ai consolé en lui expliquant que ces camarades avaient exprimé leur jalousie. Le vampire ça le fait un max en ce moment auprès des filles.

Mais il a chougné sous les quolibets et ça, m’a-t-il répliqué, ça le fait pas.

Il est pourtant bien joli mon vampire !